Et si la France avait sa propre scène country sans même qu'on le sache ?
Direction les Francofolies, là où Nashville rencontre l'Auvergne
Il y a quelque chose d'un peu vertigineux dans l'idée que la chanson française et la country américaine partagent le même ADN à savoir l'amour du récit, du territoire, de la voix nue sur une guitare sèche. C'est exactement ce que les Francofolies de La Rochelle vont démontrer cette année, dans une création originale qui n'aurait pu naître que dans ce festival-là.
Parce qu'il faut un endroit suffisamment singulier pour que Nashville et l'Auvergne, au sens figuré, se regardent dans les yeux sans ciller.
Du 10 au 14 juillet 2026, La Rochelle redevient ce qu'elle est chaque été depuis 1985 : la capitale officieuse de la chanson francophone. Pour leur 42e édition, les Francofolies réunissent environ 130 concerts sur 8 scènes avec, cette année, un rendez-vous confidentiel qui mérite qu'on en fasse le centre de toute une soirée.

1. "(French) Stories from Nashville / Augusta" : le pari d'une country qui parle français
Le dimanche 12 juillet à 20h30, la Salle Bleue de La Coursive accueille une création originale co-produite avec la Sacem, aussi épurée dans sa forme que précise dans son intention : faire se rencontrer les versions américaines et françaises d'une même chanson, et regarder ce que les mots changent, ce que les mélodies transportent d'un continent à l'autre.Sur scène, cinq artistes, cinq guitares, aucun artifice. Katie Pruitt (Nashville) et Karalyne Winegarner, leader du groupe de country texan Flight Attendant, viennent depuis Augusta et Nashville pour retrouver trois voix françaises : Baptiste W. Hamon, surnommé le "French country singer", Morgane Imbeaud (ex-Cocoon) et Adela Jens.








Le répertoire construit un dialogue transatlantique : de "If I Needed You" de Townes Van Zandt à "Si j'étais perdue" de Nana Mouskouri, les chansons se répondent, se reflètent et se transforment.Ce qui rend cette création remarquable, c'est la question qu'elle pose sans la formuler : la France a-t-elle une tradition folk et country qui lui appartient, sans avoir jamais eu le vocabulaire pour la nommer ? Baptiste W. Hamon répond à cette question depuis des années dans ses albums. Ce concert est la première fois qu'elle sera formulée aussi directement, en présence de ses homologues américaines, sur une scène française. L'Auvergne et Nashville ne sont pas si loin.
2. Ce qui différencie les Francofolies du reste : une ville entière comme scène
La plupart des grands festivals français vous cantonnent à un site fermé, loin d'un centre-ville, avec un bracelet cashless et une navette bondée. Les Francofolies fonctionnent autrement depuis leur création : le festival est La Rochelle, pas un enclos en dehors d'elle.
Environ 150 000 festivaliers se réunissent dans la ville pour assister à des concerts qui se déroulent à la fois sur la Grande scène Jean-Louis Foulquier, dans la salle de concert de La Sirène ou encore dans les salles de La Coursive. Concrètement, cela signifie que vous pouvez déjeuner dans le Vieux-Port, assister à un concert à la Salle Bleue en fin d'après-midi, dîner en terrasse dans les rues piétonnes du centre, et rejoindre la grande scène le soir sans voiture, sans navette, sans perdre le fil de la ville. Pour ceux qui n'ont pas de billet pour la grande scène (sold-out depuis plusieurs semaines pour les soirées du 10 au 13 juillet), le festival reste parfaitement vivable et propose d'ailleurs des reventes de billets sur l'application du Festival !
Le FrancOff propose 25 concerts entièrement gratuits dans les bars et tiers-lieux du centre-ville du 10 au 12 juillet, tandis que les Balades Chantées visites guidées du patrimoine rochelais avec performances acoustiques offrent une façon d'entrer dans le festival par une porte de côté, plus intime et souvent plus mémorable.

Le festival est également à l'origine de 11 millions d'euros de retombées économiques à La Rochelle, un chiffre qui dit quelque chose sur la façon dont l'événement irrigue la ville plutôt que de simplement s'y poser.Fondé en 1985 par Jean-Louis Foulquier, animateur emblématique de France Inter, le festival naît d'une intuition simple formulée en traversant l'esplanade Saint-Jean d'Acre : "J'ai trois amours : La Rochelle, la chanson et la fête."
Il en est aujourd'hui à sa 42e édition, sous la direction artistique de Gérard Pont et sa longévité tient précisément à cette fidélité au lieu et à son rapport organique à la ville.

3. Le Chantier et la Sacem : les partenariats qui font vraiment la différence
Les grands festivals aiment annoncer des partenariats. Les Francofolies en ont construit deux qui ont une réelle portée sur les carrières.Le Chantier des Francofolies, né en 1998, accompagne chaque année une quinzaine d'artistes en tout début de carrière pendant cinq jours intensifs avant le festival : travail sur l'écriture, la scène, la relation aux médias.
Ce n'est pas un tremplin de plus, les alumni parlent d'eux-mêmes. Le programme peut se prévaloir d'avoir accueilli Juliette Armanet, Bigflo et Oli, Ben Mazué, Hoshi, Pomme, Christine & The Queens ou encore Zaho de Sagazan au démarrage de leur carrière.
En 2026, Billie, Piche ou encore Anais Rosso font partie de la promotion des noms à retenir avant qu'ils n'affichent complet eux aussi.Émilie Yakich, co-directrice, insiste sur ce rôle : "C'est souvent tout un symbole pour eux, une forme de légitimité, que d'être programmé à cet endroit-là" que ce soit pour ouvrir la grande scène ou pour jouer dans l'une des salles de La Coursive devant un public de professionnels et de journalistes. Le partenariat avec la Sacem existe depuis plus de dix ans sous la forme des "Soirées Création" : chaque année, une création originale unique, commandée et co-produite, qui ne se rejouera nulle part ailleurs.
C'est dans ce cadre qu'est né "(French) Stories from Nashville" une commande artistique, pas une programmation de convenance. Ce modèle, rare dans les festivals de cette taille, garantit au public des objets musicaux qu'il ne pourra jamais revoir ailleurs.
4. Le line-up 2026 : de la grande scène aux salles de La Coursive
La grande scène Jean-Louis Foulquier, qui affiche déjà complet pour quatre de ses cinq soirées, propose un panorama large de la chanson et du rap francophones :Vendredi 10 : Gims, Youssou Ndour, Zaz, LuizaSamedi 11 : Niska, Jok'Air, L2B, La Mano 1.9Dimanche 12 : Orelsan, Gaël Faye, Skip the Use, MikiLundi 13 : Aya Nakamura, Louane, Helena, MargueriteMardi 14 : Mika, Gaëtan Roussel, Feu! Chatterton, Sam Sauvage — des places restent disponiblesMais c'est dans les salles de La Coursive et à La Sirène que se jouent les concerts les plus singuliers. Cette semaine : Yaël Naïm et Keren Ann en duo au Grand Théâtre le samedi 11, Vincent Delerm et Vincent Dedienne en conversation le dimanche 12, Odezenne à La Sirène pour une "Surprise-Partie Grand Prix" le samedi 11, Hugues Aufray au Grand Théâtre le lundi 13. Et donc, le dimanche 12 en Salle Bleue, la création country franco-américaine qui donne son sens à tout le reste.
La leçon des Francofolies : sortir des grandes villes pour trouver les vrais festivals
Il y a quelque chose que Paris ne sait pas faire, structurellement : laisser un festival habiter une ville. La capitale accueille des événements extraordinaires, mais ils restent des capsules on y entre, on en sort, on rentre chez soi.
À La Rochelle, à Carhaix, à Belfort ou à Marmande, un festival transforme une ville pour plusieurs jours. Les rencontres se font dans les bars, les artistes déjeunent aux mêmes terrasses que le public, et les scènes gratuites permettent à n'importe qui de participer sans avoir le budget d'un pass cinq jours.
Les Francofolies en sont l'exemple le plus abouti : un festival qui depuis quarante ans prouve qu'une ville de 80 000 habitants en Charente-Maritime peut être, l'espace d'une semaine, le centre de gravité de la musique francophone. Et que Nashville, depuis cette esplanade face aux tours médiévales du port, n'est finalement qu'à une chanson de distance.

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Sources : francofolies.fr, Marguerite La Rochelaise, Pixidia, Alouette.fr, Sortiraparis, Wikipedia (Francofolies), Destination Tourisme, SeeTickets.
